La Francophonie, une plateforme privilégiée de dialogue
Berna, 04.06.2026 — Discorso della consigliera federale Elisabeth Baume-Schneider in occasione dei 30 anni dell’adesione della Svizzera all’Organizzazione internazionale della Francofonia. Fa stato la versione orale (in francese).
La Suisse a rejoint l’Organisation internationale de la Francophonie en 1996, après avoir accepté d’envoyer une délégation «observatrice» au premier sommet réuni en 1986 à Paris. Son adhésion n’était nullement le fruit du hasard. Elle constituait l’aboutissement d’une réflexion pour le moins hésitante au début, rétablie à l’époque seulement sous la pression de l’opinion publique romande, menée par un pays qui a toujours accordé une grande importance au dialogue entre les cultures, à la coopération internationale et à la diversité linguistique.
Si la Suisse a attendu jusqu’en 1996 pour adhérer à l’OIF, c’est aussi parce que l’organisation elle-même était en pleine évolution. La situation géopolitique singulière de la Suisse au sein de l’Europe ne l’incitait pas non plus à demander officiellement son adhésion. Le canton du Jura a joué un rôle particulier dans ce rapprochement avec la Francophonie, notamment grâce à l’engagement de la conseillère nationale Valentine Friedli. Le Jura, depuis toujours attaché à la Francophonie et à ses valeurs fondatrices, a alors contribué – par son implication constante – à sensibiliser les autorités fédérales à l’importance stratégique, culturelle et politique de l’OIF.
Un partenariat naturel
Au fil des années, la Francophonie a évolué en passant d’un espace principalement consacré à la langue française à une organisation politique et de coopération multilatérale portant des valeurs et des objectifs plus larges. Lorsque cette dimension s’est affirmée, la Suisse a reconnu dans la Francophonie un partenaire naturel, en cohérence avec ses propres priorités en matière de dialogue, de paix, de démocratie et de développement. Depuis lors, cette collaboration s’est avérée riche et fructueuse.
La Suisse a participé activement aux travaux de l’organisation, soutenant de nombreux programmes dans les domaines de l’éducation, de la gouvernance démocratique, de la médiation, de la prévention des conflits et du développement durable. Elle a également contribué à renforcer le rôle de la Francophonie comme acteur du multilatéralisme et comme espace de concertation entre des États aux réalités très diverses mais unis par une langue commune et des valeurs partagées.
Une collaboration qui a connu un point d’orgue à Montreux en 2010, quand la Suisse – à la suite du désistement de Madagascar – a organisé en un temps record et avec succès le 13e Sommet de la francophonie, réunissant 40 chefs d’Etat et plus 40'000 participants sur les bords du Léman.
Renforcer le multilatéralisme
Cette relation est importante pour la Suisse, mais elle l’est également pour l’OIF. Pour la Suisse, la Francophonie constitue une plateforme privilégiée de dialogue et d’influence, qui complète son engagement dans les grandes organisations internationales. Elle permet également de valoriser l’une des langues nationales du pays, le français, tout en promouvant les principes auxquels la Suisse est profondément attachée.
Pour l’OIF, la Suisse apporte son expérience unique en matière de fédéralisme, de coexistence linguistique, de médiation et de recherche du consensus. Cette expérience est, au surplus, partagée avec et au sein de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) par la Section fédérale de l’APF et ses sections cantonales du Jura, de Vaud, du Valais et de Genève.
La Suisse veut contribuer au rayonnement d’une Francophonie ouverte, moderne et tournée vers l’avenir. La Francophonie ne saurait être perçue comme un espace fermé ou exclusif. Et encore moins comme un club replié sur lui-même autour d’une langue commune. Elle est avant tout un espace d’échange, d’ouverture et de collaboration, tant sur le plan culturel qu’économique. La langue française y est un vecteur de dialogue entre les peuples, les cultures et les continents.
Dans un monde où les tensions géopolitiques se multiplient et où les rapports de force prennent trop souvent le pas sur le dialogue, la Francophonie rappelle l’importance du multilatéralisme. Elle offre un cadre de coopération fondé sur le respect mutuel, la promotion du droit international, la paix, la démocratie et les droits humains. Ces valeurs sont plus nécessaires que jamais.
Aujourd’hui, plusieurs thèmes illustrent particulièrement l’engagement de l’Organisation internationale de la Francophonie, auquel adhère activement la Suisse. Le premier parmi d’autres concerne la découvrabilité des contenus francophones sur les grandes plateformes numériques. À l’ère du numérique, il est essentiel que les œuvres, les créations et les productions francophones puissent être visibles et accessibles dans toute leur diversité. Il s’agit non seulement d’un enjeu culturel, mais aussi d’un enjeu de souveraineté et de pluralisme.
Le deuxième thème, à propos duquel la Confédération et les cantons agissent de concert pour qu’il s’impose comme priorité, est celui de l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi que de l’autonomisation des femmes. Ils agissent pour renforcer la participation des femmes à la vie économique, sociale et politique, convaincus comme l’OIF qu’aucun développement durable n’est possible sans une égalité réelle des chances.
Enfin, à l’instar de l’OIF, la Suisse accorde une attention particulière à la jeunesse. Cela passe notamment par le soutien à l’éducation, à l’emploi, à l’entrepreneuriat, à la formation (notamment duale), mais aussi par une prise en compte croissante des enjeux liés à la santé mentale. Donner aux jeunes les moyens de construire leur avenir constitue l’un des investissements les plus importants pour nos sociétés.
Une vision du monde fondée sur le dialogue entre les langues, les cultures et les peuples
J’aimerais conclure avec un mot sur la politique linguistique de notre pays, qui est autant source d’intérêt que d’inspiration. En Suisse, la coexistence de quatre langues nationales n’est pas considérée comme un obstacle, mais comme une richesse. Le respect des langues et des cultures qui leur sont associées est au cœur de notre cohésion nationale. Cette expérience vécue et très concrète de la diversité nous rappelle que le plurilinguisme n’est pas seulement une question linguistique; il est aussi un vecteur d’appartenance de compréhension mutuelle et de respect de l’autre.
Dans cet esprit, l’engagement de la Suisse au sein de la Francophonie s’inscrit naturellement dans une vision du monde fondée sur le dialogue entre les langues, les cultures et les peuples. Un dialogue essentiel; à nous de tout mettre en œuvre pour le faire perdurer.
